Saint-Marin, la plus petite république… et l'une des monnaies les plus recherchées d'Europe
Soixante et un kilomètres carrés, moins de trente-cinq mille habitants — et pourtant, aucun collectionneur de monnaies en euro ne peut prétendre avoir une collection complète sans être passé, un jour, par la case Saint-Marin.
L'histoire commence, dit-on, en 301, avec un simple tailleur de pierre du nom de Marinus, fuyant les persécutions religieuses pour se réfugier au sommet du mont Titano... Il ne cherchait qu'un peu de tranquillité et de bon calcaire à travailler. Il ne se doutait certainement pas qu'il posait, ce jour-là, les fondations de la plus ancienne république encore en activité au monde — ni qu'il allait, dix-sept siècles plus tard, devenir le cauchemar statistique de générations entières de collectionneurs de monnaies en euro.
Car c'est bien là tout le paradoxe de Saint-Marin : un État si petit qu'on pourrait presque le traverser à pied en une matinée, et une monnaie si convoitée qu'elle fait figure de Graal sur n'importe quel forum numismatique.
Un micro-État, une frappe sur mesure
Saint-Marin n'appartient pas officiellement à la zone euro — la République n'a d'ailleurs jamais siégé au sein de l'Union européenne. Mais un accord monétaire conclu avec l'Union lui permet, depuis le passage à l'euro, de frapper ses propres pièces à son effigie, dans des volumes strictement encadrés. Et ces volumes, justement, n'ont rien à voir avec ceux de ses voisins.
Là où la France ou l'Allemagne frappent leurs pièces courantes par dizaines, voire centaines de millions d'exemplaires, Saint-Marin raisonne à une tout autre échelle : quelques centaines de milliers d'exemplaires suffisent à couvrir une année entière de production. Des tirages qui tiendraient presque dans le stade de football du club local un jour de match...
Une monnaie pensée pour le collectionneur, pas pour le porte-monnaie
Autre particularité : contrairement à une pièce française ou italienne, qui finit tôt ou tard sa carrière dans un rendu de monnaie de supermarché, la monnaie saint-marinaise ne circule quasiment jamais hors de ses frontières. Frappée avant tout à destination des collectionneurs, elle est vendue directement en qualité collectionneur : Brillant Universel (BU) ou Belle Épreuve (BE) — les deux qualités qui, comme on l'a vu dans un précédent article, se distinguent par le soin apporté à chaque exemplaire. Autant dire qu'attraper une saint-marinaise « qui a vécu » dans son propre porte-monnaie relève presque du fait divers.
Bartolomeo Borghesi, ou l'ironie d'un premier hommage
Il y a d'ailleurs une note savoureuse dans l'histoire des commémoratives de Saint-Marin. La toute première pièce de 2 euros commémorative jamais émise par la République, en 2004, ne rend pas hommage à un saint patron ni à un monument — elle représente Bartolomeo Borghesi, historien et... numismate. Tirée à 110 000 exemplaires maximum, cette pièce inaugurale semble presque avoir été frappée en clin d'œil à tous ceux qui, des décennies plus tard, la traqueraient avec autant de patience que Borghesi lui-même en mettait à étudier les monnaies antiques.
Pourquoi les collectionneurs s'y accrochent tant
Rareté structurelle, diffusion quasi exclusivement numismatique, et une petite République qui n'a jamais renoncé à raconter son histoire sur ses pièces malgré sa taille : voilà pourquoi une saint-marinaise coûte, à millésime comparable, sensiblement plus cher qu'une pièce française ou espagnole du même type. Ce n'est pas un hasard de circonstance, c'est une mécanique de tirage qui se répète, année après année, depuis l'entrée de la République dans l'aventure de l'euro.
La collection Saint-Marin de MonnaieduMonde s'enrichit progressivement, à mesure que ces pièces de monnaie de collection, aussi discrètes que recherchées, viennent garnir le catalogue. De quoi donner raison, avec vingt ans d'avance, à ce brave Marinus : il suffit parfois d'un tout petit territoire pour laisser une trace durable — même quand elle tient dans le creux d'une main.
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